Le paradoxe de « l’œuf ou la poule » qui explique l’adoption du protocole IPv6 en 2015

Même après des années d’urgence, le taux d’adoption est toujours inférieur à 10 % du trafic réseau. IDC et d’autres observateurs proposent leur analyse.

Share this article:

IPV6 2015

De 2013 jusqu’au début de 2014, le ton des reportages sur la transition des protocoles IPv4 à IPv6 est passé de l’expectative à l’incrédulité. Il y a une vingtaine de mois, les experts en réseautage et les observateurs du Web semblaient certains que les entreprises commenceraient bientôt à utiliser le protocole IPv6 en grand nombre. Mais cela ne s’est pas produit – et maintenant, personne ne semble savoir ce qui donnera le coup d’envoi à ce transfert.

Pour vous remettre dans le contexte, lisez notre billet du 7 avril 2014 et visionnez la brève vidéo, gracieuseté de l’ingénieur en informatique Antonio Marcos Moreira, qui résume pourquoi il est important pour les entreprises d’effectuer ce changement. Pour récapituler, rappelons que pendant des années, le protocole IPv4 offrait assez d’adresses IP pour accommoder tous les internautes et les dispositifs qui envoyaient et recevaient de l’information par Internet. Mais nous serons bientôt à court d’adresses IPv4. Le protocole IPv6 offrant des adresses plus longues, un plus grand nombre d’utilisateurs et de systèmes pourront communiquer en ligne. À moins de passer au protocole IPv6, les entreprises et les utilisateurs éprouveront des problèmes à échanger et à utiliser des services et de l’information sur le Web.

Nous avons déjà recensé au moins un cas où des difficultés du protocole IPv4 ont entraîné l’interruption des communications Web. En août 2014, nous rapportions que des entreprises, notamment eBay et British Telecom, ont subi des pannes parce que, pour la première fois de l’histoire, le trafic Internet a dépassé 512 000 routes, ce qui est la limite commune à de nombreux routeurs.

Ces entreprises ont cherché à contourner ce problème, alors que les experts prévoyaient que cet incident convaincrait enfin les retardataires d’adopter le protocole IPv6. Cependant, malgré ce sinistre, la mise en œuvre du protocole IPv6 progresse encore lentement. Selon l’analyse continue de Google, à peine cinq pour cent du trafic Web qui transite actuellement par les systèmes des entreprises utilise des adresses IPv6.

Dave Pearson dirige les recherches que poursuivent les experts technologiques d’IDC Canadasur les pratiques des entreprises en matière de stockage et de réseautage. Il explique ce qui freine l’adoption du protocole IPv6 par le paradoxe de « l’œuf ou la poule ». D’une part, certains fournisseurs de services de réseau sont réticents à l’égard de cette mise à niveau parce que les entreprises, qui en sont les utilisateurs finaux, ne leur demandent pas de prendre en charge le protocole IPv6. D’autre part, bon nombre d’entreprises ne font pas de mise à niveau, se disant « à quoi cela servirait-il, puisque les fournisseurs de service ne prennent pas en charge ce protocole? ».

« En l’absence d’une défaillance flagrante de la norme IPv4 actuellement en vigueur ou d’une analyse irréfutable en faveur de la rentabilité du protocole IPv6, les entreprises canadiennes tardent à adopter cette nouvelle technologie », déclare M. Pearson au téléphone. « Comme la disponibilité des adresses IPv4 diminue de jour en jour, ce manque de disponibilité pour de nouveaux services et de nouvelles entreprises est sans doute ce qui finira par nous obliger à changer de protocole. »

Il n’irait pas jusqu’à prétendre qu’en 2015, les entreprises se précipiteront pour adopter la technologie IPv6. « Nous pensions que 2014 serait l’année charnière de cette transition », rappelle-t-il, mais cela n’a pas été le cas. Il est donc difficile de dire si 2015 le sera.

Sean Michael Kerner, du magazine technologique Enterprise Networking Planet, semble pessimiste. « La vérité est tout simplement que le protocole IPv6 est largement utilisé par les systèmes d’exploitation des consommateurs, mais pas dans les services de TI », écrivait-il dans un récent article. « L’espace adresses IPv4 et la capacité de traduction d’adresse de réseau (NAT) permettront probablement aux entreprises de continuer d’éviter de passer à la technologie IPv6 en 2015. »

Mike Palladino, directeur de l’infrastructure IP et de l’exploitation chez Internap, écrit qu’il n’est pas facile d’effectuer le transfert, qui nécessite de la formation, ainsi que du matériel récent et de nouveaux outils de gestion de réseau dispendieux. De plus, certaines compagnies de réseautage ont commencé à faire du courtage d’adresses IPv4, ce qui est pour les entreprises une autre façon de continuer à utiliser l’ancien système. M. Palladino résume ainsi la situation : « Il est plus facile de continuer d’exploiter le bassin des adresses IPv4 jusqu’à ce qu’il soit complètement à sec que d’entreprendre d’importants changements de conception. »

La transition vers le protocole IPv6 n’a cependant pas complètement cessé. Le gouvernement fédéral du Canada prévoit que tous ses systèmes informatiques utiliseront le protocole IPv6 d’ici mars 2015. En outre, le magazine Techworld a annoncé que la prochaine version de la technologie de réseautage sans fil en champ proche à faible consommation, Bluetooth 4.2, utilisera le protocole IPv6.

Que devriez-vous faire, vous et vos utilisateurs finaux, pour vous préparer à ce changement? Dans sa vidéo sur la technologie IPv6 (mentionnée ci-dessus), M. Moreira donne deux conseils pratiques : premièrement, quand vous achetez de nouveaux logiciels, des téléphones intelligents ou d’autre équipement, n’achetez que des produits compatibles avec la technologie IPv6. Deuxièmement, vérifiez si vos services en ligne favoris sont prêts à utiliser le protocole IPv6. Si ce n’est pas le cas, cherchez des solutions de rechange. Même si le protocole IPv4 s’est avéré viable plus longtemps que prévu, ses utilisateurs finiront par se retrouver coincés, privés d’accès au Web.

Photo : DPanth3r par photopincc

Share this article:
Comments are closed.