Un regard lucide sur l’approche « au cas par cas, non coordonnée » des activités numériques au Canada

Neil Bhattacharya, d’Accenture, commente la toute dernière étude de la société-conseil sur les entreprises canadiennes, qui présentent d’importantes lacunes à corriger

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Deux choses surprenantes ont marqué mon entrevue avec Neil Bhattacharya, d’Accenture, au sujet l’étude qu’a menée son entreprise sur la nouvelle mobilité mondiale.

Il y a d’abord eu l’exercice d’évacuation. Juste avant le moment où M. Bhattacharya devait m’appeler pour notre entrevue téléphonique, son bureau du centre-ville a été évacué pour un exercice d’incendie. Sans se démonter, il a fait un saut l’autre côté de la rue, à la Chambre de commerce de Toronto, où il a emprunté un téléphone fixe et un bureau tranquille pour que nous puissions faire notre entrevue.

Avant d’en venir à la deuxième surprise, voici un aperçu des principales conclusions du rapport de cette étude qui a sondé près de 2 000 décideurs de haut rang ayant certaines responsabilités dans la stratégie et les technologies numériques de leur entreprise, dont 150 sont établies ici, au Canada. (Les citations ci-dessous proviennent directement du rapport, sauf indication contraire.)

Tout d’abord, une conclusion générale : Seulement 70 % des entreprises canadiennes ont « une stratégie holistique pour passer à l’ère numérique », alors que la moyenne mondiale est de 80 %. À peine 24 % des entreprises de ce pays ont une équipe interne responsable de leur stratégie numérique. Accenture conclut que les entreprises canadiennes recourent largement à « une approche au cas par cas, non coordonnée, pour la stratégie et la mise en œuvre (de leurs activités numériques) ».

Mauvaise attitude ou manque d’aptitude à l’égard des applications? : Malgré la demande d’applications mobiles de la part des clients, « de nombreuses entreprises canadiennes ont tardé à mettre en place des mesures facilitant leur adoption ». Accenture estime que « ce retard est en partie attribuable à la perception souvent négative qu’ont certains cadres canadiens à l’égard des applications mobiles. En effet, près de la moitié (45 %) d’entre eux ont déclaré que les applications mobiles offrent peu d’avantages commerciaux, et plus de la moitié (55 %) croient que les applications mobiles ne peuvent être sécurisées de façon appropriée à des fins commerciales ».

Emballés par l’IdO, mais pas préparés : Plus de 80 % des dirigeants canadiens croient que l’Internet des objets (IdO) procurera à leur entreprise des avantages qui vont de l’amélioration des chaînes d’approvisionnement à la création de nouvelles sources de revenus. Cependant, « les entreprises canadiennes ont tardé à investir dans les capacités nécessaires à un déploiement efficace de l’IdO. Dans la plupart des cas, les entreprises canadiennes se classent loin derrière la moyenne mondiale au chapitre des capacités clés mises en place, et parfois même au tout dernier rang ».

En se basant sur cette étude, qu’est-ce que les entreprises canadiennes doivent faire? Remplacer leur approche hétéroclite du numérique par une stratégie plus holistique. Reconnaître les avantages commerciaux des applications mobiles et investir pour faciliter leur adoption. Accroître considérablement leurs investissements dans le déploiement de l’IdO pour ne pas se retrouver à la traîne.

Dans la plupart des entreprises, ces décisions (et les budgets) relèvent du chef des Services informatiques et du chef du Développement technologique. Qu’est-ce que les administrateurs de réseaux – ces gestionnaires de première ligne qui assurent au quotidien le fonctionnement de tout le système – peuvent retenir de ce rapport? J’ai demandé à M. Bhattacharya comment les administrateurs de réseaux peuvent contribuer à mettre en œuvre les changements recommandés par Accenture.

C’est alors que j’ai eu droit à une deuxième surprise. Bien que M. Bhattacharya soit l’un des principaux dirigeants d’Accenture, il s’est avéré qu’il a une expérience concrète de l’administration des réseaux.

« J’ai déjà été responsable d’un grand réseau d’entreprise, alors je sais de quoi je parle », a-t-il dit en évoquant la complexité actuelle de la gestion des réseaux. « Le réseau est en voie de devenir l’actif le plus important (des entreprises). C’est littéralement leur principale composante technologique. »

M. Bhattacharya a suggéré, étant donné l’importance croissante du réseau, que les hauts dirigeants consacrent davantage de ressources aux gestionnaires de réseau, notamment pour que ceux-ci puissent perfectionner et poursuivre leur formation technique afin d’acquérir rapidement une meilleure connaissance des technologies sur lesquelles portent ce rapport.

« Les administrateurs de réseaux assument une grande part de ce travail et ont besoin de beaucoup de formation, car les tâches qu’ils exécutent (actuellement) sont très différentes de celles qu’exige la mise en place des solutions recommandées », a souligné M. Bhattacharya.

Il estime qu’il serait également important de consacrer davantage de ressources aux administrateurs de réseaux pour qu’il y ait plus de personnel sur place.

« Les entreprises doivent comprendre qu’il est nécessaire d’embaucher plus de personnel pour maintenir ces solutions, puisque les employés ne peuvent pas travailler 24 heures par jour », a-t-il ajouté.

Pour assurer l’adoption complète des technologies mobiles, numériques et de l’IdO et maximiser leurs avantages commerciaux, les entreprises canadiennes devraient peut-être investir pour soutenir le personnel qui gère les réseaux dans lesquels ces technologies sont déployées.

C’est du moins ce qu’un ancien administrateur de réseaux m’a dit.

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